Orphelins de Duplessis

le 26 avril 1999


Le Comité des orphelins de Duplessis expose la cupidité de l'Etat et de l'Eglise

C'est dans le cadre d'une conférence de presse tenue aujourd'hui au Centre Saint-Pierre que des spécialistes ont présenté un rapport de recherche visant à présenter les vrais enjeux financiers dans le traitement des orphelins de Duplessis. Rappelons que de 1940 à 1960, des milliers d'enfants normaux furent internés illégalement dans des asiles psychiatriques suite à la falsification de leurs dossiers médicaux. On a dernièrement entendu le Premier Ministre qui tentait de banaliser le traitement de ces enfants en parlant des valeurs qui régnaient à l'époque. On a aussi entendu les commentaires des dirigeants de l'Eglise, Mgr Turcotte et Mgr Morissette, président du Conseil des Evêques du Québec, à l'effet qu'ils avaient beaucoup de ``compassion'' . Ces tentatives de banaliser la réalité, qualifiées de honteuses par le Comité des orphelins de Duplessis, ont amené celui-ci à mandater les chercheurs de la Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM dans l'optique d'identifier les véritables motivations économiques du Gouvernement du Québec et de l'Eglise Catholique. L'équipe de chercheurs, dirigée par le professeur Léo-Paul Lauzon, c.a. et Martin Poirier, suite à l'étude et à l'analyse des divers documents historiques disponibles, en sont venus aux principales conclusions suivantes :

    - Certaines congrégations religieuses ont eu un net avantage financier à
transférer des enfants normaux dans des hôpitaux psychiatrique, notamment pour
profiter d'un per diem plus important. Ces dernières ont réussi à obtenir, en
dollars de 1999, environ 70 millions de dollars en sommes additionnelles
(davantage que si les enfants avaient été traités de façon normale) pour les
années 1940 à 1960. Ce montant constitue un minimum de gain puisqu'il ne tient
pas compte du travail non rémunéré des enfants normaux dans les asiles
psychiatriques. Les avantages financiers pour le gouvernement du Québec, qui
sont beaucoup plus difficiles à évaluer, n'en demeurent pas moins réels. Les
faibles montants versés par le Gouvernement de Duplessis pour l'exploitation
des orphelinats et les hôpitaux psychiatriques ont grandement contribué aux
problèmes des orphelins de Duplessis. De plus, le gouvernement a  favorisé la
construction d'hôpitaux psychiatriques, plutôt que d'investir dans le
mieux-être des enfants afin de profiter d'importantes subventions du
gouvernement fédéral. Dans le cas de l'hôpital Mont-Providence, le
gouvernement du Québec est directement responsable de sa conversion en hôpital
psychiatrique à compter de 1954. Ce changement de vocation a conduit à
l'internement en asile psychiatrique d'environ 350 enfants normaux au
Mont-Providence.

    - Grâce à cette manoeuvre, le gouvernement a pu économiser 9,8 millions
de dollars de 1999 en remboursement de dette au gouvernement fédéral et a
également évité de payer des sommes évaluées à 27,5 millions de dollars pour
le financement du Mont-Providence de 1954 à 1961, pour un total de 37,3
millions de dollars. Il est donc clair que des enjeux économiques importants
ont poussé les congrégations religieuses et le gouvernement du Québec à
interner en hôpitaux psychiatriques des enfants normaux qui étaient sous leur
responsabilité.

``Le cas du Mont-providence, même s'il est mieux documenté, n'est pas unique. Si les religieuses ont fait le voeu de pauvreté, il est évident que les communautés religieuses en cause ont bénéficié largement d'avantages financiers au détriment des enfants.'' a déclaré le président du Comité des orphelins, Bruno Roy. Il a rajouté : ``Le Gouvernement de Duplessis avait des intérêts financiers importants dans la façon qu'il a géré le cas du Mont-Providence et dans l'ensemble du réseau qui accueillait des enfants normaux en institution. Il est aujourd'hui indéniable que ce sont d'abord des motivations économiques qui sont à la source de la situation vécue par ces enfants. A la lumière de ces faits, le Gouvernement Bouchard et l'Eglise catholique se doivent maintenant de réagir et de mettre fin au scandale qu'ils perpétuent par leur inaction. Il est grand temps que ceux-ci arrêtent de faire la sourde oreille, admettent leurs torts et offre une véritable compensation aux innocentes victimes, une proposition partagée par le Protecteur du citoyen, et nous le croyons, par la population du Québec.''

Une copie du rapport final fut acheminé le jour même au bureau du Premier Ministre et à celui du Cardinal Turcotte, accompagné d'une lettre demandant à ceux-ci d'agir afin que justice soit finalement rendue à ces innocentes victimes.

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