Orphelins de Duplessis

le 12 mars 1999


LUCIEN BOUCHARD, A VISAGE DECOUVERT - Réaction du Comité des Orphelins de Duplessis à la nouvelle que Monsieur Bouchard aurait oeuvré pour des communautés religieuses

Le Comité des orphelins de Duplessis a appris avec stupéfaction que le Premier Ministre Bouchard a agi à titre d'avocat, dans le cadre de sa pratique privée, pour défendre les intérêts des Petites soeurs Franciscaines de Marie, l'une des communautés religieuses directement mise en cause dans le dossier des Orphelins de Duplessis. De plus, Monsieur Bouchard, selon son autobiographie publiée en 1992 et intitulée ``A visage découvert'', raconte qu'il comptait parmi ses clients : Les chanoinesses hospitalières, les soeurs du Bon Conseil, les soeurs du Bon Pasteur, les soeurs du Saint-Sacrement et les ursulines ainsi que les antoniennes de Marie, sans oublier les autorité s du diocèse et de nombreuses fabriques. A la page 108 de cette biographie, on découvre aussi que Monsieur Bouchard a utilisé ses liens privilégiés avec l'Eglise pour faciliter l'élection de Monsieur Marc-André Bédard, alors candidat du Parti Québécois, lors de la campagne électorale de 1976. Monsieur Bouchard décrit de plus, qu'en décembre 1973, péquiste et sans emploi, les clients étaient rares et que l'un de ses premiers clients fut l'Hôtel-Dieu d'Alma. A la page 20 de son autobiographie, on peut lire : ``Les cinq soeurs de mon père entrèrent au couvent et y restèrent. Leur frère François est père rédemptoriste. Deux des frères de ma mère, mes oncles Alfred et Armand, sont prêtres séculiers. Mon père et ma mère ne comptaient plus leurs cousins et cousines prêtres et religieuses.'' A la lecture de ces propos, le Comité des orphelins de Duplessis a écrit au Premier Ministre afin d'établir s'il y aurait parmi sa famille des membres des communautés religieuses impliquées dans le dossier des orphelins de Duplessis. A la page 37, Monsieur Bouchard décrit le Cardinal Léger comme un auguste personnage. Mgr Léger et Maurice Duplessis sont tous deux impliqués dans la tragique histoire des orphelins de Duplessis.

A la page 76, on découvre que Monsieur Bouchard s'était vu céder, par son associé du temps, trois dossiers chauds. ``Le premier concernait la vente, au ministère des Affaires sociales de l'hôpital de Chicoutimi, propriété des chanoinesses hospitalières; le deuxième, la cession du séminaire de Chicoutimi au ministère de l'Education, et le troisième, la location à l'université du Québec de l'orphelinat des Petites Franciscaines de Marie.'' Monsieur Bouchard poursuit : ``Pour la première fois, j'eus à traiter avec des fonctionnaires. Ils ne voulaient payer que le vil prix.''

Rappelons que Monsieur Bouchard déclarait à l'Assemblée nationale le 19 mars 1998, qu'il pilotait personnellement le dossier des orphelins de Duplessis en ces mots : ``Je me suis personnellement engagé dans ce dossier. Je me tiens au courant des développements, je demande des rapports et je me préoccupe, moi aussi, de trouver une solution à cette affaire. Je crois que nous avons tous intérêt (sic) à tourner cette page comme société, et nous faisons en sorte de pouvoir le faire.''

... ``Il ne serait pas tellement opportun d'imposer un règlement. Je crois qu'il faut essayer de trouver des solutions consensuelles.'' Le 4 mars dernier, le même homme imposait sa volonté et ce, sans consulter le Comité des orphelins de Duplessis. C'est par le biais d'un journaliste, à moins d'une heure de l'annonce de Monsieur Bouchard à l'Assemblée nationale, que le Comité des orphelins de Duplessis a été mis au courant du contenu de l'annonce de Monsieur Bouchard.

Devant ces nouveaux faits troublants, le Comité des orphelins de Duplessis, par l'entremise de son président, Monsieur Bruno Roy, a déclaré : ``Monsieur Bouchard est clairement en situation de conflit d'intérêt, il aurait dû se retirer du dossier au lieu de s'en occuper personnellement. Devant une telle situation, impliquant les plus hautes instances du Gouvernement et de l'Eglise et donnant suite au discours de Mgr Turcotte et maintenant de Mgr Morissette, nous ne pouvons qu'exiger, une fois de plus, qu'une enquête publique soit tenue afin que toute la lumière soit faite sur cette tragique page de notre histoire qui ne doit pas être tournée aussi rapidement que Monsieur Bouchard le souhaiterait.'' Rappelons que Mgr Turcotte maintient toujours que les actes d'abus physiques, psychologiques et sexuels étaient des cas isolés. Rappelons finalement que Monsieur Bouchard, lors de ses excuses aux orphelins de Duplessis le 4 mars dernier, vantait le travail des communautés religieuses. Monsieur Roy a pris soin de répéter que : ``Le public doit tout de même comprendre que ce ne sont pas toutes les religieux et les religieuses qui sont coupables de cas graves d'abus envers les enfants.''

Et de conclure : ``Même s'il y a maintenant sept ans que nous nous battons, nous n'avons aucunement l'intention de cesser la lutte pour obtenir justice.''

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