Orphelins de Duplessis

le 10 août 1999


LE QUEBEC SOCIETE DISTINCTE DE L'INJUSTICE - Manifestation des orphelins de Duplessis à la conférence des premiers ministres

C'est ce matin à 11 h 00 que les orphelins de Duplessis manifestent devant le Château Frontenac, site de la conférence des premiers ministres provinciaux dont l'hôte M. Bouchard reste sourd aux demandes des victimes. Par ce geste, celles-ci réclament que justice soit rendue. Le Gouvernement Bouchard refuse toujours de s'engager sur la voie d'une reconnaissance concrète des torts subis et du versement d'une compensation individuelle à celles-ci. C'est entouré d'une clôture de fer et arborant un drapeau du Québec, où les fleurs de lys ont été remplacées par des trous de serrures en mémoire des cellules où ils furent internés, que ceux-ci ont symboliquement manifesté le fait qu'ils sont toujours prisonniers de l'injustice du Gouvernement. Bien que le gouvernement Bouchard se soit officiellement excusé pour des ``situations et gestes inadmissibles'', il refuse de reconnaître la légitimité de compensations monétaires pour les préjudices graves subis par les victimes placées en institutions, ceci contrairement aux recommandations présentées dans le rapport du Protecteur du citoyen, Me Daniel Jacoby. Me Jacoby a dénoncé l'attitude du gouvernement : ``Le Québec refuse d'indemniser ces personnes alors que, partout ailleurs au Canada, les enfants victimes de tels traitements ont été, dans les dernières années, compensés de manière juste et humaine.'' Par ailleurs, le Protecteur du citoyen a dénoncé (le 8 mars dernier) les propos du Ministre des relations avec les citoyens Robert Perreault ``qui considère que le gouvernement n'a aucune responsabilité légale pour ce qui s'est passé et qui, bien plus, affirme qu'indemniser les victimes pour les dommages subis ne leur rendrait pas service puisque cela ressasserait beaucoup de souffrance. C'est donc au nom de la charité que le ministre Perreault a justifié le refus d'indemniser les préjudices graves et réels. Outre de banaliser la réalité, le Gouvernement Bouchard a omis de discuter, avec les principaux intéressés avant son annonce, du fonds d'aide de 3 millions de dollars et du refus d'indemniser les victimes de préjudices graves.'' Le Comité des orphelins de Duplessis n'a pas été ni consulté ni même informé préalablement de ces décisions. ``La solution au règlement de ce dossier, à cause de ses conséquences et compte tenu des personnes visées, aurait dû être discutée et négociée, comme cela s'est fait partout ailleurs au Canada'' avait aussi précisé Me Jacoby le 8 mars dernier. ``Il faut que cesse ce scandale. Le Québec serait-il devenu la société distincte de l'injustice ? Il est temps que l'on arrête de bafouer nos droits. M. Bouchard se plaît à répéter que c'est une histoire ancienne, que les abus sont choses du passé, qu'il faudrait tourner la page, mais en fait les abus continuent aujourd'hui puisqu'on refuse aux victimes, la justice'' a déclaré Bruno Roy, président du Comité des orphelins de Duplessis. Tel que déclaré par le Protecteur du citoyen : ``A plusieurs occasions, des orphelins ont été battus, attachés à leurs lits ou isolés dans des cellules pendant de longues périodes. Plusieurs enfants ont également fait l'objet d'agressions sexuelles, de sodomie, de faveurs forcées et d'attouchements répétés. Enfin, ils ont été faussement classés comme malades mentaux ou déficients intellectuels, parce que le gouvernement du Québec et les autorités religieuses de l'époque voulaient obtenir des subventions du gouvernement fédéral destinées aux établissements de santé; pour pouvoir les toucher, les autorités civiles et religieuses ont transformé des enfants normaux, nés de pères inconnus, en enfants arriérés, débiles ou déficients; non seulement ces derniers ont-ils perdu leur dignité et leur autonomie, mais à plusieurs occasions, ils ont été traités comme de véritables malades psychiatriques avec des électrochocs, des camisoles de force, de l'isolement, et l'enchaînement et même des lobotomies; à cause de leur classement, ils ne pouvaient plus être adoptés. Ces atteintes graves à l'intégrité physique et psychique d'enfants sans défense ont fortement compromis leur développement normal et leur comportement. Ces atteintes constituaient déjà des délits majeurs sanctionnés par le Code criminel, ainsi que des violations de droits fondamentaux reconnus par la Déclaration universelle des droits de l'Homme.'' Et toujours selon les dernières déclarations du protecteur du citoyen, ``Le gouvernement du Québec, par l'entremise du premier ministre a rendu une décision qui, parce qu'elle est incomplète, la rend injuste et humiliante à l'endroit des orphelins de Duplessis. La décision du gouvernement de ne pas indemniser personnellement les véritables victimes a pour effet de banaliser la gravité de la situation vécue par des orphelins dans les établissements. Le fonds d'aide spécial de 3 millions $ ne vise pas à compenser les dommages réels subis par ces innocentes victimes.'' Il est à noter que ce fonds d'aide présenté à la sauvette le 4 mars dernier équivaut à peine à 1000 $ par victime. Une étude de l'Université McGill réalisée en 1997, a comparé l'état de santé des orphelins de Duplessis avec celui d'un groupe de citoyens à faibles revenus (10 000 $ et moins). On a trouvé des différences significatives entre les deux groupes. L'étude a démontré que tous les indices de santé des orphelins, par exemple l'indice de stress, celui des maladies chroniques, du suicide ou des problèmes personnels étaient pire que ceux du groupe de comparaison. Ainsi 54 % des orphelins de Duplessis avaient sérieusement pensé au suicide dans le passé contre 16,9 % du groupe de comparaison composé de gens pauvres.

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