DUPLESSIS' ORPHANS

Copied from Le Devoir

Le jeudi 23 mars 2000


Le Devoir - Justice devrait être faite aux orphelins de Duplessis

Manon Cornellier

La Commission du droit du Canada prend position: justice devrait être faite aux orphelins de Duplessis

Tous les gouvernements, les institutions responsables et les Canadiens doivent offrir réparation aux personnes qui, comme les orphelins de Duplessis, ont subi des sévices physiques ou psychologiques alors qu'elles vivaient dans des établissements dirigés, financés ou parrainés par l'État, demande la Commission du droit du Canada dans un rapport qui sera rendu public aujourd'hui et dont Le Devoir a obtenu copie.

«Les victimes demandent ce qui suit: la reconnaissance des préjudices qu'elles ont subis et l'imputabilité de ceux qui en sont responsables; des excuses; l'accès à de la thérapie et à de l'éducation; une indemnisation financière; une façon de rappeler à jamais les préjudices infligés aux enfants placés en établissement; enfin, la sensibilisation du public sur le mauvais traitement des enfants en institutions, pour qu'il ne se reproduise plus», écrivent les auteurs de ce volumineux rapport, fruit de deux ans de travail.

Les membres de la Commission ont rencontré, entre autres, d'anciens pensionnaires de foyers d'accueil, d'orphelinats et de pensionnats religieux, des orphelins de Duplessis et des autochtones qui ont été séparés de force de leur famille pour fréquenter des internats dont la mission était de les assimiler.

«La majorité des enfants placés en établissements venaient des groupes les moins nantis et les plus marginaux de la société. Il s'agissait, entre autres, d'enfants ayant des déficiences, d'enfants issus de minorités raciales et ethniques et d'enfants vivant dans la pauvreté», constate le rapport intitulé La dignité retrouvée. En somme, il s'agissait d'enfants vulnérables, confrontés à un rapport de force complètement désavantageux dans des institutions peu surveillées.

Les auteurs rappellent qu'encore aujourd'hui des enfants sont placés en établissements, dont la conception et l'administration ont toutefois été grandement améliorées. Malgré tout, note le rapport, la prévention et l'éducation sont indissociables d'une véritable stratégie de réparation.

La Commission ne décrit pas de cas précis ni ne jette aucun blâme. Elle a préféré se pencher sur les meilleures façons de rendre justice aux victimes. Elle a évalué, sans rien exclure, la pertinence des procédures judiciaires, des programmes d'indemnisation, de la mise sur pied d'enquêtes publiques, de commissions de la vérité et de projets communautaires d'aide aux victimes.

Elle n'écarte pas le recours aux tribunaux, qu'elle suggère d'humaniser pour éviter une nouvelle victimisation des personnes lésées, mais privilégie des programmes de réparation négociés avec les victimes elles-mêmes, y compris lorsqu'on prévoit une indemnisation financière. «La Commission est convaincue que les programmes de réparation constituent la réponse officielle la plus apte à atteindre toute la gamme des objectifs définis», insiste le rapport commandé par la ministre fédérale de la Justice, Anne McLellan.

La ministre devait en recevoir copie hier ou aujourd'hui. Les provinces, qui ont toutes collaboré, devraient aussi le recevoir. Plusieurs recommandations les touchent directement. La Commission suggère entre autres que le fédéral et les provinces qui n'en ont pas encore créent des postes d'ombudsman. Aux provinces, on recommande, si elles ne l'ont pas déjà fait, de nommer un Protecteur des enfants et des Commissions de protection de la jeunesse.

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